Pourquoi tant de personnes âgées et en fin de vie se retrouvent-elles seules?
Il y a quelques jours, j'ai partagé un témoignage qui venait directement du cœur sur Facebook. Ce vidéo à été vu près de 1 million de fois. Vous savez ce que cela signifie pour moi? Ce sujet nous touche collectivement et que nous sommes sensibles à cette réalité.
Cliquez ici si vous n’avez pas vu ce vidéo.
Je partage que j'étais auprès d'une dame en fin de vie lorsque je lui ai demandé si elle avait reçu la visite de ses enfants récemment.
Elle m'a répondu simplement :
« Ça fait un bout qu'ils ne sont pas venus. Ils sont occupés avec le travail et les enfants. »
Cette conversation n'avait rien d'exceptionnel.
Et c'est précisément ce qui m'a bouleversée.
Parce que ce n'est pas la première fois que j'entends ce genre de réponse. Bien au contraire. Au fil de mes accompagnements auprès de personnes âgées, de personnes gravement malades ou en fin de vie, j'observe régulièrement une profonde solitude.
Lorsque j'ai partagé cette réalité, plusieurs personnes ont réagi en me disant :
« Tu ne connais pas toute l'histoire derrière. »
Et elles ont raison.
Je ne connais pas l'histoire de chaque famille.
Mais je crois qu'il est important d'aller au-delà de cette réponse.
Les conflits familiaux n'expliquent pas tout
Oui, certaines familles vivent des conflits importants.
Oui, certaines personnes ont vécu des blessures profondes ou des relations difficiles.
Oui, il existe des situations où la distance, la maladie, les responsabilités familiales ou les contraintes financières rendent les visites compliquées.
Mais lorsque nous observons le nombre de personnes âgées qui vivent de la solitude dans leur foyer, dans les résidences, les CHSLD ou les unités de soins palliatifs, il devient difficile de croire que toutes ces situations s'expliquent uniquement par des conflits familiaux.
La réalité semble plus complexe.
Nous vivons dans une société où tout va vite.
Nous jonglons avec le travail, les enfants, les rendez-vous, les obligations et les imprévus.
Souvent, nous croyons qu'il reste du temps.
Nous remettons une visite à la semaine prochaine.
Puis au mois prochain.
Puis plus tard.
Jusqu'au jour où il n'y a plus de plus tard.
La solitude des personnes âgées : une réalité que plusieurs observent
Parmi les milliers de commentaires que j'ai reçus, plusieurs personnes partageaient la même observation.
Certaines racontaient que lorsqu'elles visitaient un proche en résidence, les voisins de chambre venaient spontanément leur parler.
D'autres expliquaient que des résidents s'illuminaient simplement parce qu'une nouvelle personne était entrée dans leur environnement.
Plusieurs proches aidants ont également mentionné avoir entendu des membres du personnel dire :
« Votre mère est chanceuse de vous avoir. »
« Votre père reçoit beaucoup de visites comparativement à plusieurs résidents. »
Ces témoignages ne cherchent pas à blâmer qui que ce soit.
Ils mettent simplement en lumière une réalité qui mérite notre attention.
Même lorsqu'une personne ne parle plus, votre présence compte
L'une des phrases que j'entends souvent est :
« Ça ne sert plus à rien d'y aller. Elle ne me reconnaît plus. »
Ou encore :
« Il est inconscient maintenant. »
Pourtant, les personnes qui choisissent de rester présentes découvrent souvent autre chose.
Un visage qui s'apaise.
Une respiration qui change.
Une main qui serre légèrement.
Une réaction subtile à une voix familière.
Même lorsque les mots disparaissent, le besoin de présence demeure.
La relation continue d'exister.
Et parfois, les plus beaux moments se vivent justement dans ces espaces où il n'y a plus rien à prouver ni à accomplir.
Seulement à être là.
« Je préfère garder une belle image d’elle ou de lui »
Un autre commentaire que j'ai reçu à plusieurs reprises est celui-ci :
« C'est trop difficile de voir quelqu'un qu'on aime dans cet état-là. »
Et je comprends cette réalité. Voir une personne que l'on aime s'affaiblir ou approcher de la mort peut être profondément bouleversant.
Récemment, une personne m'a écrit parce que son amie était en fin de vie. Elle avait peur de ce qu'elle allait voir et ne se sentait pas capable d'aller la visiter.
Au fil de nos échanges, j'ai répondu à ses questions et je l'ai préparée doucement à ce qu'elle pourrait observer. Peu à peu, elle a trouvé la force d'être présente auprès de son amie et a pu l'accompagner jusqu'à la fin.
Cette expérience me fait réfléchir à deux choses.
D'abord, pendant que nous tentons de nous protéger d'une image difficile, une personne vit peut-être ses derniers jours dans la solitude. Notre souffrance est réelle, mais celle de la personne qui s'apprête à quitter l'est tout autant.
Ensuite, je me demande si nous aurions moins peur si nous étions mieux informés et accompagnés. La fin de vie demeure un sujet méconnu et plusieurs proches se retrouvent seuls avec leurs inquiétudes.
Je ne crois pas que les gens aient besoin d'être plus courageux. Je crois qu'ils ont besoin d'être mieux préparés et mieux soutenus.
Parce que personne ne devrait avoir à traverser la fin de vie seul.
Quelle société voulons-nous construire?
Au fond, la question qui m'habite va bien au-delà des familles individuelles.
Quelle place sommes-nous prêts à accorder aux personnes vieillissantes?
Que souhaitons-nous pour nos propres vieux jours?
Si demain nous devenions dépendants, vulnérables ou malades, qu'espérerions-nous recevoir des autres?
La plupart d'entre nous ne souhaitent pas traverser cette étape dans l'indifférence.
Nous voulons être vus.
Nous voulons être entendus.
Nous voulons continuer à avoir une place.
Alors peut-être que la réflexion ne devrait pas seulement porter sur les obligations familiales.
Peut-être qu'elle devrait aussi porter sur notre responsabilité collective.
Si ce n'est pas la famille, alors qui?
Certaines personnes n'ont plus de proches.
D'autres ont des familles qui vivent loin.
Certaines relations sont rompues depuis longtemps.
Dans ces situations, comment pouvons-nous agir comme communauté?
Pouvons-nous visiter davantage les personnes isolées?
Créer des projets intergénérationnels?
Offrir du temps bénévole?
Développer des espaces où les personnes âgées continuent de transmettre leur histoire, leur expérience et leur sagesse?
Parce qu'au-delà des soins médicaux, il existe un besoin profondément humain : celui d'être reconnu et d'appartenir encore au monde des vivants.
Une réflexion qui nous concerne tous
La façon dont nous traitons nos personnes âgées aujourd'hui en dit beaucoup sur la société que nous construisons.
Et un jour, si nous avons la chance de vieillir, cette réalité nous concernera également.
Mon intention n'a jamais été de juger les familles.
Mon intention est d'ouvrir un dialogue.
De nous inviter à regarder une réalité qui est souvent cachée derrière les portes des résidences, des CHSLD et des chambres de soins palliatifs.
Et surtout, de nous demander :
Comment pouvons-nous faire mieux?
Pour eux.
Pour nous.
Pour les générations qui suivront.
Car au bout du compte, ce dont plusieurs personnes se souviennent à la fin de leur vie n'est pas ce qu'elles ont possédé ou accompli.
C'est l'amour qu'elles ont reçu.
Et la présence des personnes qui ont choisi d'être là.
Vous accompagnez un proche en fin de vie ou vous souhaitez réfléchir à vos volontés de fin de vie? Découvrez mes services d'accompagnement en fin de vie, de soutien aux proches et de planification de fin de vie.
Questions fréquentes sur la solitude des personnes âgées et la fin de vie
Est-ce que les personnes en fin de vie entendent encore lorsqu'elles ne répondent plus?
Dans de nombreux cas, l'ouïe est l'un des derniers sens à demeurer présent. Même lorsqu'une personne ne peut plus répondre verbalement, elle peut encore percevoir la voix de ses proches et ressentir leur présence.
Que faire si j'ai peur de visiter un proche en fin de vie?
Cette peur est très fréquente. Plusieurs personnes craignent de ne pas savoir quoi dire ou d'être bouleversées par ce qu'elles verront. Être informé sur les changements normaux de la fin de vie et être accompagné dans cette démarche peut aider à vivre ces visites avec davantage de confiance.
Est-ce normal de ne pas savoir quoi dire à une personne en fin de vie?
Oui. Souvent, la présence compte davantage que les mots. Tenir une main, écouter, partager un silence ou simplement être là peut apporter beaucoup de réconfort.
Pourquoi certaines personnes âgées reçoivent-elles peu de visites?
Chaque situation est unique. Il peut y avoir des conflits familiaux, l'éloignement géographique, des contraintes personnelles ou simplement des vies très chargées. Toutefois, la solitude des aînés est une réalité bien présente qui nous invite à réfléchir à notre responsabilité collective.
Comment puis-je aider une personne âgée qui semble seule?
Une visite, un appel téléphonique, une promenade ou quelques minutes de conversation peuvent faire une réelle différence. Il est également possible de s'impliquer bénévolement auprès d'organismes qui soutiennent les personnes âgées ou en fin de vie.
Quel est le rôle d'un accompagnant en fin de vie?
L'accompagnant en fin de vie offre une présence, une écoute et du soutien aux personnes en fin de vie ainsi qu'à leurs proches. Il peut également aider à mieux comprendre ce qui se passe, répondre aux questions et contribuer à rendre cette période moins isolante et plus douce.