Comment se libérer de la culpabilité après un décès : regrets, pardon et deuil
Quand ma mère est décédée j’ai eu plusieurs regrets.
Le plus important était de ne pas avoir profité davantage de ses derniers moments, car j’avais tant espoir qu’elle déjoue le pronostic de 4 ans qu’on lui avait donné... Avec le recul , je me disais: ‘‘mais pourquoi je n’ai pas su rendre ces dernières années davantage mémorables.’’ C’est comme si j’avais vécue ces 4 ans en me disant qu’on avait encore la vie devant nous…
Mais le pronostic ne s’est trompé que de 6 mois…
Un beau matin, je l’appelais comme tous les jours sans savoir que ça allait être notre dernier appel…
Et suite à son décès, plusieurs moments me revenaient où j’aurais aimé agir autrement, être plus douce, plus patiente, plus compréhensive, être plus, faire plus...
Vous savez, après avoir vécu une situation c’est plus facile de voir tout ce qu’on aurait pu faire différemment pour plusieurs raisons mais en voici deux principales que j’ai constaté.
Quand on est dans la situation, nous n’avons pas toujours assez de recul émotif et mental pour faire des gestes ou prendre des décisions les plus réfléchies. Nous avons les deux pieds dedans… C’est comme si on est dans une pièce on qu’on ne voit que ce qui est devant nous plutôt que de voir toute la pièce…
On a acquis de l’expérience suite à cet évènement et c’est entre autre cela qui nous permet de voir les choses différemment. Une fois que l’on sait le déroulement, nous pouvons savoir comment les choses se sont passées et comment elles auraient pu se passer différemment. On ne peut pas savoir avant de vivre un moment comment exactement cela se terminera, et encore moins dans le cas précis de la fin d’une vie.
Comment ai-je réussie à me pardonner?
Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, ça demande du temps. Je vous le dis souvent peut-être, mais d’abord je me suis permise de vivre ces moments de culpabilité. Je me suis assise avec eux et j’ai pleuré, crié... J’ai pris le temps d’écouter tout ce dont je me sentais coupable, je l’ai verbalisé à voix haute pour moi même ou parfois auprès de proches. Je l’ai écris également, car pour moi l’écriture est très bénéfique.
Ensuite, j’ai pris le temps de regarder la Geneviève que j’étais lors de ces 4 années de ‘‘grâce’’. Et mon constat: j’ai fait du mieux que je pouvais à ce moment là selon les outils, l’expérience et la capacité émotionnelle que j’avais à ce moment-là. Et aussi selon les volontés de ma mère qui ne voulait pas qu’on vive constamment dans l’inquiétude pour elle.
Je n’avais pas l’expérience que j’ai acquis en vivant son décès et maintenant à travers les divers accompagnements que je fais. J’ai fait de mon mieux à ce moment là et c’est ça que j’ai du accepter. Que mon mieux n’était peut-être pas l’extraordinaire que j’aurais voulu avec le recul… Mais l’essentiel y était: j’ai pris soins de ma mère durant ces quatre années toute en lui laissant toute l’autonomie qu’elle désirait, je l’ai câlinée et j’ai contribué à ce qu’elle se sente bien vivante pendant ces quatre ans du mieux que je pouvais… J’ai cheminer à ses côtés et je comprenais de plus en plus la souffrance quotidienne et l’impact que sa maladie lui occasionnait. Ce qui l’accrochait à la vie: c’était nous et la chance qu’elle a soulignée à sa sœur d’avoir connu 2 de ses petits enfants, le plus grand bonheur qu’elle ait connu de sa vie selon les propos de ma tante.
Penser à sa fin était trop souffrant pour moi à ce moment là, je le savais que cela allait arrivé, mais dans mon plan ça se serait fait quelques années plus tard. Alors, je n’arrivais pas à vivre avec l’idée qu’elle en avait pour 4 ans tout au plus…
Ce qui m’a également aidé à me pardonner c’est de lui écrire et de lui parler à voix haute, de lui demander pardon pour tous les gestes que je regrettais d’avoir fait ou de ne pas avoir fait. Parfois c’était des agissements qui remontaient à très loin. Cela s’est fait sur quelques mois, lorsque les regrets apparaissaient, je leur permettais d’exister je me rappelais que j’avais de mon mieux et je demandais pardon au besoin.
Ce que j’aimerais que vous reteniez…
Se pardonner après le décès d’un proche ne signifie pas oublier les regrets, ni prétendre que certaines blessures n’existent pas. Cela signifie plutôt apprendre à regarder avec plus de douceur la personne que nous étions à ce moment-là.
Aujourd’hui, je sais que la Geneviève d’alors faisait de son mieux avec ce qu’elle connaissait, avec ce qu’elle ressentait et avec ce qu’elle était capable de porter. Ce regard bienveillant ne change pas le passé, mais il transforme la façon dont je choisis de vivre avec lui.
Est-ce que je ferais différemment aujourd’hui ? Oui. Ce oui, je peux le dire en fonction de la Geneviève d’aujourd’hui, celle qui a acquis ces outils, cette expérience et cette compréhension de la fin de vie. Et c’est précisément pour cette raison que je tente, à mon tour, de les transmettre aux autres : pour guider, soutenir et aider, lorsque c’est possible, à diminuer certains regrets et à favoriser des moments de présence plus conscients auprès de ceux que nous aimons jusqu’à la toute fin.
Si vous portez vous aussi des regrets après la perte d’un être cher, j’aimerais vous rappeler ceci : vous avez le droit d’avoir mal, de pleurer ce qui n’a pas été, mais vous avez aussi le droit de vous offrir un peu de compassion. Peut-être qu’un jour, vous pourrez regarder cette version de vous avec tendresse et lui dire : tu as fait du mieux que tu pouvais, et cela mérite aussi d’être reconnu.
FAQ : culpabilité et pardon après un décès
Est-il normal de ressentir de la culpabilité après le décès d’un proche ?
Oui, c’est une réaction très fréquente dans le deuil. Après un décès, il est naturel de revisiter certains moments, de repenser à ce qu’on a dit, fait ou omis de faire. La culpabilité ne signifie pas nécessairement que nous avons mal agi ; elle peut simplement traduire l’amour, l’attachement et le désir que les choses aient été différentes.
Comment savoir si j’ai vraiment fait de mon mieux ?
Se demander cela avec honnêteté demande de regarder le contexte dans lequel vous étiez : votre état émotionnel, votre fatigue, vos responsabilités, vos peurs et les connaissances que vous aviez à ce moment-là. Faire de son mieux ne veut pas dire être parfait ; cela veut dire agir avec les ressources dont on disposait alors.
Peut-on demander pardon à une personne décédée ?
Pour plusieurs personnes, oui. Écrire une lettre, parler à voix haute, allumer une bougie ou simplement adresser ses mots intérieurement peut être un geste profondément apaisant. Ce n’est pas une preuve scientifique que la personne nous entend, mais cela peut permettre à notre cœur d’exprimer ce qui est resté en suspens.
Pourquoi les regrets reviennent-ils parfois des mois ou des années après le décès ?
Le deuil n’est pas linéaire. Certains souvenirs ou regrets peuvent refaire surface à différents moments de notre vie, souvent lorsque nous sommes prêts à les regarder autrement. Cela ne veut pas dire que vous retournez en arrière ; cela peut être une nouvelle étape de votre cheminement.
Comment commencer à me pardonner ?
Le pardon envers soi-même commence souvent par trois gestes : accueillir sa douleur sans la juger, reconnaître que l’on a fait du mieux que l’on pouvait à ce moment-là, puis poser un geste symbolique de réparation, comme écrire, parler, demander pardon ou transformer ce regret en apprentissage pour l’avenir.
Quand demander de l’aide pour cette culpabilité ?
Si la culpabilité devient envahissante, qu’elle vous empêche de dormir, de fonctionner, de vivre vos relations ou de trouver un peu de paix malgré le temps qui passe, il peut être très aidant d’en parler avec un professionnel du deuil ou un thérapeute. Vous n’avez pas à porter ce poids seul(e).